Manuels anciens

Texte alternatif

Les principales ressources

La bibliothèque Diderot de Lyon en lien avec L'Institut Fançais de l'Education (ifé), répertorie au niveau national les éditions de manuels scolaires ainsi que la production scientifique sur le sujet. Le dossier Les manuels scolaires à l'INRP (dernière mise à jour en 2006) présente l'histoire et le contenu de ces fonds documentaires. l'IFE propose deux bases de données publiques pour vos recherches :

EmmanuelleRecense l'intégralité des éditions de manuels scolaires publiées en France de 1789 à 2003, pour toutes les disciplines et tous les niveaux d'enseignement. Chaque titre fait l'objet d'une description bibliographique qui intègre des éléments spécifiques au manuel (discipline, niveau d'enseignement, public) et donne la liste de toutes les éditions signalées dans les bibliographies et/ou conservées dans les principales collections nationales (Bnf)

Emma internationaleVise à recenser la production scientifique dans le domaine de la recherche historique sur les manuels scolaires français avant 2008, soit un millier de références dont une partie est accessible en ligne.

Une partie des documents ainsi signalés peuvent figurer dans les catalogues suivants pour prêt, consultation sur place ou accès à leur version numérique :

Crédit image :Manuel de lecture Petit Gilbert illustré par Raylambert, 1957

LES MANUELS DE LECTURE DE 1882 À 1970

Dans le courant du 19ème siècle, l’épellation est abandonnée, au profit de la  méthode syllabique, qui associe la lecture et l’écriture. Ce modèle durera jusqu’aux années 1960 : une vignette sous-titrée, au dessous une ligne de syllabes, puis de mots illustrant le son vedette, et enfin une petite phrase. L’année suivante, les élèves ont un manuel de lecture courante : combinatoire et culture écrite sont disjointes.

Les instructions de 1923 mettent en place le curriculum suivant : déchiffrage au CP, lecture courante au CE, lecture expressive au CM, lecture expliquée au cours supérieur.

1936 : la « Méthode Rose » (Nathan) promet « une initiation joyeuse à la lecture intelligente ». Le livre est en couleur avec des illustrations en « ligne claire » (celle d'Hergé) . Chaque page représente des enfants en action (Lili et Toto) avec un cadre en haut contenant la liste des éléments nouveaux, au-dessous un petit récit vivant, comportant des mots lus en lecture directe ainsi que des mots avec des syllabes connues, des exercices d’écriture et de dictée. La lecture globale de mots nouveaux est une innovation ; les mots-outils permettent la formation de phrases.

Après 1945 : succès des méthodes mixtes « Rémi et Colette », « Daniel et Valérie » : les premières phrases sont mémorisées par les élèves, qui ensuite en décomposent les éléments. Sécurité d’une progression préétablie.

1960-1970 : les professeurs de collège constatent une maîtrise insuffisante de la lecture : la méthode globale est accusée, puis la méthode syllabique. En opposition à une lecture lente, guidée, oralisée, les instructions de 1972 prônent la lecture silencieuse, en vue d’une lecture rapide et efficace.

 

LES MANUELS D’ARITHMETIQUE DE 1886 À 1986

A partir de la loi de 1886, l’enseignement de l’arithmétique ne se limite plus à l’apprentissage du comptage, des quatre opérations et de la règle de trois : le problème d’arithmétique y prend place.

La première période (1887 -1938) se caractérise par une officialisation d’un enseignement magistral, pratique, utilitaire et concret, permettant de transmettre au futur citoyen les rudiments du calcul afin de pouvoir s’adapter aux exigences de la vie sociale. Les difficultés posées par les problèmes-types conduisent les professeurs à n’enseigner que des solutions-types que l’élève doit mémoriser.

Dans une seconde période (1938-1970), des contradictions apparaissent entre la volonté officielle, très utilitaire dans ses finalités et dogmatique dans ses méthodes, et les idées novatrices diffusées sous l’impulsion des théoriciens de l’éducation nouvelle et des recherches en pédagogie expérimentale.

1970 marque une rupture importante tant dans les contenus que dans les formes de l’enseignement. Le problème apparaît alors comme le moyen privilégié de « donner du sens » aux connaissances mathématiques enseignées : la situation-problème se substitue alors aux problèmes-types.

Dans les années 80, le développement rapide des technologies informatiques et des modélisations des processus de pensée se traduit dans les programmes par l’instauration d’un enseignement méthodologique (un apprentissage à la résolution de problème).

 

LES MANUELS DE SCIENCES DE 1882 À 1970

A partir de 1882, l’enseignement des sciences à l’école primaire, devenu obligatoire, a été porté par l’engouement que les responsables de l’instruction publique ont eu pour la leçon de choses. La leçon de choses est l’expression même d’un enseignement « intuitif », qui passe alors pour être la forme la plus adaptée à la marche naturelle de l’esprit de l’enfant : des faits aux idées, du concret à l’abstrait, des « choses » aux « mots ». Il faut que l’enfant commence par voir, par observer ; et ce n’est que progressivement qu’on peut le conduire aux idées générales.

Des années 1920 jusqu’aux années 1960, la dynamique de la leçon de choses,  rattrapée par la forme scolaire la plus traditionnelle, s’enlise dans la routine. Les sciences entrent progressivement dans les épreuves du certificat d’études ; elles ont leur programme, leurs exercices, et leurs leçons à apprendre par cœur.

Pourtant,  dans le contexte de l’apparition du mouvement de l’éducation nouvelle représenté par Freinet, les instructions officielles novatrices de 1923 suggéraient aux maîtres de recourir avec les enfants à de véritables expérimentations, et non plus seulement à l’observation, et de passer de l’enseignement par l’aspect à l’enseignement par l’action.

A la fin des années 1960, l’enseignement des sciences s’inscrit dans un nouveau modèle pédagogique : la pédagogie d’éveil, dans laquelle l’enfant est pris en compte dans son individualité. Les savoirs scientifiques se complexifient, et la technologie envahit l’univers matériel, l’observation ne suffit plus à comprendre le monde. À une culture des « choses », l’école tend à substituer une culture des « démarches  » appliquées à la connaissance des phénomènes.

LES MANUELS DE MORALE DE 1882 À 1970

La loi de 1882, qui instaure l’instruction morale à l’école, ne fait que la laïciser en remplaçant, dans son article 1er, l’instruction religieuse par l’instruction civique. Ferry y écrit que l’instruction morale reste la première et la plus importante des missions de l’instituteur. Il précise que ce n’est pas une morale « laïque » au sens où celle-ci serait différente et rivale de la morale religieuse : c’est la morale de tous. Il s’agit de transmettre des valeurs constituant un patrimoine moral commun, compatible avec la diversité des options spirituelles.

Pour ce qui touche au corps, on constate une stabilité des thèmes dans les manuels de morale, sur cette période :

  • la préservation du corps (suicide, mutilations diverses),
  • la lutte contre la paresse, la gourmandise, la colère, l’alcoolisme et l’ivrognerie,
  • la valorisation de la propreté, de la prudence, du travail, du courage, de la tempérance, de la sobriété et de l’exercice physique (le sport à partir de 1950 environ).

Sont utilisées de manière récurrente certaines illustrations et paraboles : Le Laboureur et ses enfants, des maximes : « La colère est toujours mauvaise conseillère », « la paresse est la mère de tous les vices »…

La plupart des préceptes correspondent à des péchés capitaux ou à des valeurs cardinales catholiques. Même l’exercice physique, que l’on pourrait penser laïque, est empreint de valeurs religieuses comme la purification de l’âme par le corps.

A la fin des années 1960, les manuels de morale disparaissent au profit de manuels d’instruction civique. Ceux-ci seront intégrés aux programmes d’histoire et géographie à partir des années 90.

LES MANUELS D’HISTOIRE DE 1880 À 1970

Depuis la fin du 19ème siècle, les textes officiels affirment la nécessité de raconter l’histoire, matière enseignée oralement, qui s’appuie sur le goût des enfants pour les histoires.

Le manuel fournit une leçon prête à l’emploi, des images, des exercices pour vérifier la compréhension, un résumé à réciter.

Les images ont joué un grand rôle dans la formation de la conscience nationale et patriotique des Français. Ce sont d’abord des vignettes de petit format réalisées par la technique de la gravure sur bois, puis la photogravure. Elles sont conçues comme des fictions didactiques. Le trait est simple et traduit le mouvement de l’action.

Après 1923, les instructions recommandent aussi d’utiliser des documents authentiques. Le nombre d’images augmente dans les manuels : les récits encadrent les images. 

Après 1945, le récit garde une place fondamentale dans les instructions ; s’y ajoute le rôle de l’observation. Des images de plus grande dimension apparaissent, ainsi que l’utilisation croissante de la photographie et de la couleur.

Après 1969, les démarches d’apprentissage s’appuient sur un nouveau mode d’utilisation du document, le maître  doit permettre aux élèves de construire leurs connaissances par l’analyse de documents historiques qui n’ont pas qu’une visée illustrative. Le récit n’a plus sa place dans cet enseignement.

POUR ALLER PLUS LOIN…

Quelques pistes pour mener une recherche sur les manuels scolaires

  • Identifier des éditions de manuels scolaires publiés en France de 1789 à 2003 dans la base Emmanuelle
  • S’informer sur la production scientifique dans le domaine de la recherche historique sur les manuels scolaires français avant 2008 dans la base Emma internationale

Où trouver des manuels ailleurs qu’à l’INSPE Paris ?