Annoter des textes d'élèves : une compétence professionnelle à construire

Cette journée d'études se tiendra le 8 juin 2022 à l'INSPÉ de Paris, 10 rue Molitor - amphithéâtre 1.

Elle s'inscrit dans le cadre de l'axe 1 du GIS.

 

Programme
  • 9h00 -  Accueil
  • 9h15 -  Ouverture de la journée (Olivia Lewi et Blandine Longhi)
  • 9h30 -  Jean-Luc Pilorgé (Clesthia, EA 7345, Projet ANR E-CALM) : « Apprendre à regarder les copies autrement : une nécessité pour faire des interventions des enseignants un outil d’aide à l’écriture. »
  • 10h - Kathy Similowski (Cergy Paris Université – INSPé de l’académie de Versailles) : « "Il est nécessaire de te relire !" : Que disent les annotations des enseignants sur leur conception de l’écriture et qu’en font les élèves ? »

Pause

  • 11h -  Marie-Laure Elalouf et Béatrice Gerlaud (Cergy Paris Université - INSPÉ de l’académie de Versailles) : « Annoter au lycée : un geste professionnel partageable ? »
  • 11h30 - Marielle Besnard (enseignante et formatrice - Académie de Versailles) : « (Ré)apprendre à lire des textes de collégiens »

Déjeuner

  • 14 h -  Aurore Promonet (Université de Lorraine - INSPÉ de l’académie de Nancy-Metz) : « Trace écrite et annotations de textes : des pratiques scolaires d’écriture proches ou distantes ? »
  • 14h30 - Table ronde présidée par Jean-Charles Chabanne (Université de Lyon 2) : « Apprendre à annoter des textes. Retours d’enseignants et d’enseignants stagiaires sur un dispositif proposé en formation. »
  • 16h : Clôture de la journée par Jean-Charles Chabanne

 

Contacts

Blandine.longhi@inspe-paris.fr

Olivia.lewi@inspe-paris.fr

 

Résumés des interventions

Jean-Luc Pilorgé : « Apprendre à regarder les copies autrement : une nécessité pour faire des interventions des enseignants un outil d’aide à l’écriture. »

Les enseignants confrontés à des textes d’élèves dont ils ont souvent eux-mêmes suscités la production laissent sur les copies des traces de leur « lecture ». Des recherches de plus en plus nombreuses s’intéressent à des interventions qui apparaissent hétérogènes, plus ou moins nombreuses et variées, pas nécessairement guidées par une stratégie explicite. La mise en évidence de « postures de correction » est un outil utile pour appréhender ce qui se joue dans ce geste professionnel et la possibilité de recourir bientôt à de grands corpus numérisés doit permettre de mieux comprendre à quelle(s) condition(s) les interventions sur les copies deviennent des outils d’aide à l’écriture.

 

Kathy Similowski : « "Il est nécessaire de te relire !" : Que disent les annotations des enseignants sur leur conception de l’écriture et qu’en font les élèves ? »

De nombreuses études se sont interrogées sur la nature et les fonctions des annotations portées par un enseignant sur les copies de ses élèves. Elles rappellent que dans le processus d’apprentissage qu’est l’écriture, l’évaluation permet de situer les acquis partiels et de réguler l’action pédagogique, notamment en termes de différenciation, et d’orienter l’élève à condition de s’appuyer sur des critères explicités (Garcia-Debanc, 1984) et d’entrer dans un dialogue pédagogique (Halté, 1984 ; Besnard et Elalouf, 2018). Ces études montrent également les difficultés de l’enseignant à définir le contenu de ses interventions du fait de l’intrication des objectifs liés aux compétences à maitriser pour écrire mais aussi liés à la construction du sujet-scripteur : la langue, la compétence textuelle, le genre textuel, le développement de l’imagination, l’expressivité du sujet, etc. (Garcia-Debanc, 1984). Des typologies d’interventions (Doquet et Pilorgé, 2020), de traces (Boré et Bosredon, 2018) et des postures des enseignants (Pilorgé, 2010) ont ainsi été proposées afin de mieux cerner le discours enseignant, lequel serait lié à ses représentations du métier et à son rapport à l’écriture (Barré-de-Miniac, 2000). La question de la prégnance du rapport à la norme/aux normes de références reste vive (Colin, 2014 ; Elalouf, 2016 ; Garcia-Debanc, 2016). Ces interventions des enseignants parfois subjectives (Pilorgé, 2010) et variées ont des effets sur les écrits et sur les postures des élèves (Jorro, 2011) qu’il n’est pas aisé et fréquent d’explorer. Elles supposent sans doute une formation pour guider le regard de l’enseignant, par exemple en l’invitant à repérer un déjà-là culturel (Similowski, 2018) comme point d’appui à la réécriture, alors que l’évaluation reste majoritairement « une activité apprise sur le tas » (Jorro, 2016 : 53).

Notre proposition s’intéressera d’une part aux conceptions sous-jacentes de l’écriture qui guident les interventions des enseignants et aux effets des annotations sur la réécriture des élèves.

 

Marie-Laure Elalouf et Béatrice Gerlaud : « Annoter au lycée : un geste professionnel partageable? »

Le contexte institutionnel du lycée ne permet pas de penser de façon disjointe l’avènement du sujet lecteur-scripteur et l’appropriation des genres scolaires qui définissent l’écriture de la réception. Nous présenterons un dispositif dans lequel la subjectivité lectorale rencontre l’altérité sous différentes formes : altérité de soi à soi par le travail du brouillon, confrontation à la réception d’autres élèves qui proposent des annotations, puis à celle de l’enseignant dont les questions ouvertes appellent des réponses.

À partir du corpus génétique de trois analyses d’un texte de Diderot en classe de 1e, nous montrerons comment les élèves, tour à tour sujet lecteurs, scripteurs et évaluateurs, se construisent une représentation du genre scolaire qui aboutit à l’élaboration collective d’un outil méthodologique partagé. Nous expliquerons en quoi de tels supports peuvent devenir en formation le point de départ d’un questionnement des débutants sur leurs critères d’évaluation et sur les gestes professionnels qui sous-tendent l’annotation, en les replaçant dans une perspective plus globale.

 

Marielle Besnard : « (Ré)apprendre à lire des textes de collégiens »

Le professeur de français se trouve souvent en position de lecteur de textes d’élèves. Que signifie, aujourd’hui, lire un texte d’élèves ? Ne lit-on que des « rédactions » afin d’évaluer des compétences scripturales ? Les situations sont en réalité bien plus variées : lecture de textes préparatoires à une écriture,  lecture de textes en cours de rédaction, lecture de textes rédigés qui appellent des réécritures, … Dans tous les cas, le professeur doit avoir les moyens d’engager un dialogue avec l’élève autour de son écrit. Du côté du professeur, cela implique de réfléchir aux annotations portées sur les travaux écrits. Quelles formes peuvent-elles prendre ? A quelles conditions peuvent – elles être efficaces ? L’élève, de son côté, doit faire un effort : lire un texte qui parle de son texte, s’engager dans un échange qui le conduise à une révision de son écrit. Ces efforts de part et d’autre sont  couteux, c’est pourtant à ce prix que l’on peut réellement enseigner/ apprendre à écrire comme on apprend à lire.

 

Aurore Promonet : « Trace écrite et annotations de textes : des pratiques scolaires d’écriture proches ou distantes ? »

Trace écrite et annotations sont des écrits qui relèvent spécifiquement du travail scolaire ordinaire, si bien qu’ils sont peu interrogés voire impensés, tant chez les enseignants que chez les élèves. Pourtant, de tels écrits sollicitent des gestes professionnels (Bucheton et Soulé, 2009) spécifiques, relatifs à l’éthos de l’élève et à l’étayage de son travail. Ils ne sont pas pensés conjointement alors qu’ils présentent des points communs ; en particulier, ils partagent les mêmes lecteurs, réels ou supposés, potentiellement nombreux et variés. Paradoxalement, ils constituent un potentiel espace de dialogue entre enseignants, élèves et même familles mais sont contraints à la concision.

Nous tenterons de comparer les pratiques d’écriture dont les traces écrites et les annotations sont les fruits. Nous interrogerons leurs caractéristiques énonciatives et discursives mais aussi le rapport qu’elles entretiennent avec les moments d’enseignement-apprentissage.

Le propos prendra appui sur des travaux menés en recherche collaborative et sera illustré par des exemples recueillis en classe et analysés.

 

Table ronde présidée par Jean-Charles Chabanne : « Apprendre à annoter des textes. Retours d’enseignants et d’enseignants stagiaires sur un dispositif proposé en formation. »

En formation, et tout particulièrement en formation initiale, comment inciter les enseignants à adopter des postures qui encouragent le dialogue pédagogique autour des productions d’élèves ? Adopter des gestes évaluatifs efficaces implique aussi de faire réfléchir les enseignants à leur propre rapport à la lecture-écriture et aux modèles qu’ils suivent :  Comment aider l’élève à être auteur si on refuse d’être lecteur de ses textes ?

Un dispositif de formation a été proposé à des enseignants et des enseignants stagiaires de l’INSPE de Paris dans le but de favoriser l’acquisition du geste professionnel d’annotation. En jouant à la fois sur la forme des commentaires (en favorisant les remarques marginales sur des passages précis) et sur leur contenu (influencé par l’inscription de l’enseignant dans une communauté de lecteurs plus large), il a pour but de faciliter l’accès à une posture de lecture impliquée, proche de celle menée sur les textes littéraires.

Plusieurs enseignants viendront témoigner de la façon dont ils se sont emparés de ce dispositif et de l’effet que cette expérience a eu sur l’évolution de leur posture de correction.